Votre genou a craqué lors d’un match de football ou d’une descente en skis ? Vous ressentez une instabilité en marchant, comme si votre jambe se dérobait ?
Si vous consultez un médecin du sport ou un chirurgien orthopédiste pour ces symptômes, il y a de fortes chances qu’il réalise un test de Lachman dès les premières minutes de l’examen.
Ce test clinique est la référence absolue pour diagnostiquer une rupture du ligament croisé antérieur (LCA). Mais concrètement, comment se déroule-t-il ? Que signifie un arrêt dur ou mou ? Et surtout, que faire si le test est positif ?
Dans cet article, nous allons vous expliquer simplement la procédure de test, les mesures à interpréter pour effectuer le diagnostic, et les conséquences pour la santé de votre genou.
Déroulé du test
Le test de Lachman se déroule généralement sur une table d’examen standard. Le but pour le praticien est de tester la stabilité de votre genou en reproduisant mécaniquement le rôle du ligament croisé antérieur : empêcher le tibia de partir vers l’avant.
ⓘ Précaution : pour que le test soit valide, il est impératif que vous soyez le plus détendu possible. Si vous contractez vos muscles (notamment les ischio-jambiers à l’arrière de la cuisse), vous risquez de fausser le résultat en ajoutant une résistance.
Préparation du genou
Le patient est allongé sur le dos (en décubitus dorsal). C’est la position la plus confortable pour relâcher les muscles. Pour le test de Lachman, le genou blessé ne doit pas être plié à 90°, mais placé entre 20° et 30° de flexion.
Pourquoi cet angle précis ? Parce que c’est dans cette position que le ligament croisé antérieur est le plus sollicité, et que les autres structures du genou gênent le moins le mouvement.
Le praticien peut placer son propre genou ou un petit coussin sous votre cuisse pour maintenir cet angle sans effort de votre part. C’est notamment le cas chez les personnes ayant aussi une fissure du ménisque.
Examen du ligament croisé antérieur
Une fois la jambe bien positionnée, le professionnel de santé place ses mains de manière précise :
- Une main (la main crâniale) maintient fermement le bas de votre cuisse, par l’intérmédiare du fémur, pour l’empêcher de bouger.
- L’autre main (la main caudale) saisit le haut de votre tibia, juste sous le genou. Le pouce est souvent placé sur la tubérosité tibiale pour mieux sentir le mouvement.
Le praticien effectue alors une manœuvre de traction antérieure : il tire le tibia vers l’avant par un mouvement sec et ferme, tout en gardant la cuisse immobile. Il cherche à provoquer une translation du tibia par rapport au fémur.
Rassurez-vous, la manipulation n’est pas douloureuse. En général, les généralistes prescrivent ce test du LCA deux semaines après le traumatisme pour permettre aux épanchements de se résorber.
Ainsi, votre genou est moins gonflé, et vous avez moins mal pendant le diagnostic. Cependant, si vous allez aux urgences, il est probable que les médecins effectuent le test de Lachman sans attendre.
Interprétation des résultats
En faisant le test de Lachman, le médecin recherche deux choses : la quantité de mouvement (de combien de millimètres le tibia avance-t-il ?) et la qualité de l’arrêt du mouvement.
Il va toujours comparer le genou blessé avec le genou sain pour évaluer la différence de laxité. C’est essentiel pour mesurer avec précision la déchirure de votre ligament croisé antérieur.
Voici les mesures généralement admises pour interpréter ce déplacement (qu’on appelle tiroir antérieur dans le jargon médical) :
| Différence de déplacement | Interprétation clinique |
|---|---|
| 0 à 2 mm | Normal : le ligament joue son rôle, la stabilité est conservée. |
| 3 à 5 mm | Grade I : différence anormale qui peut indiquer une rupture partielle du LCA ou une petite laxité physiologique. |
| 6 à 10 mm | Grade II : forte suspicion de rupture complète du LCA. |
| > 10 mm | Grade III : la déchirure totale du ligament croisé antérieure est quasi certaine. |
Votre test de Lachman est positif

Si le médecin vous annonce que le test est positif, cela signifie malheureusement qu’il suspecte une atteinte du ligament. Il est positif lorsqu’il réunit deux critères :
- Une translation visible du tibia vers l’avant (le fameux « tiroir »).
- La sensation d’un arrêt mou.
L’arrêt mou est une sensation très caractéristique pour le praticien. Lorsqu’il tire sur le tibia, il ne sent pas de blocage net. Le mouvement semble élastique, sans fin précise. Cela indique que le ligament est rompu et qu’il ne retient plus l’os correctement.
Dans ce cas, le genou est instable et les ménisques peuvent être endommagés lors de vos déplacements. C’est pour cette raison qu’il est indispensable de vous munir dès maintenant d’une genouillère pour LCA comme celle ci-dessous.
Ce genre d’orthèse orthopédique assure la stabilité de votre articulation en compensant l’inefficacité du ligament croisé antérieur rompu. De cette façon vous pourrez continuer à bouger sans risquer de complications.
En outre, à partir de 3 millimètres de déplacement, votre praticien vous enverra faire une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). C’est essentiel pour confirmer le diagnostic de façon officielle, surtout si le doute persiste.
Elle permettra de voir en détail la déchirure ligamentaire, si elle est complète ou partielle, et de vérifier l’état des ménisques et des cartilages associés. Cet examen d’imagerie vous sera aussi utile pour décider si vous avez besoin d’une chirurgie réparatrice.
Votre test de Lachman est négatif

Bonne nouvelle : si le test de Lachman est négatif, le ligament croisé antérieur semble intact. Cliniquement, cela se traduit par :
- Peu ou pas de déplacement du tibia vers l’avant.
- La sensation d’un arrêt dur.
L’arrêt dur est rassurant. Imaginez une corde tendue à son maximum : si vous tirez dessus, elle bloque net. C’est exactement ce que doit sentir l’examinateur. Lorsqu’il tire le tibia, le ligament sain se tend et stoppe brusquement le mouvement avec une butée franche.
Cependant, attention aux conclusions hâtives. Une contracture musculaire réflexe due à la douleur peut parfois empêcher le mouvement et donner l’illusion d’un arrêt dur (faux négatif).
C’est pourquoi la palpation et la détente du patient sont essentielles. De même, une rupture partielle du LCA peut parfois conserver un arrêt relativement dur si le faisceau restant est suffisant.
Fiabilité du Lachman-Trillat
Le test de Lachman-Trillat, souvent abrégé en Lachman, est aujourd’hui considéré comme la référence pour l’examen clinique du genou traumatique. Sa fiabilité est excellente :
- Sensibilité (capacité à détecter la lésion) : environ 85%.
- Spécificité (capacité à confirmer que c’est bien le LCA qui est touché) : environ 94%.
Cependant, aucun test n’est infaillible. Il existe des risques de faux positif. Par exemple, si vous avez une rupture du ligament croisé postérieur (LCP), le tibia peut basculer en arrière au repos.
Lorsque le médecin le tire pour le remettre à sa place, il parcourt une grande distance, ce qui peut faire croire à tort à un problème du croisé antérieur. Le tableau présenté précédemment ne s’applique donc pas dans ce cas.
C’est pourquoi ce test est souvent répété par le physiothérapeute ou le chirurgien, parfois même sous anesthésie avant l’opération, pour confirmer le diagnostic sans la gêne des contractions musculaires involontaires.
Les autres tests de rupture du LCA
Bien que le Lachman soit le plus performant, votre kiné ou votre médecin réalisera souvent d’autres manœuvres pour affiner son diagnostic et évaluer la mobilité globale du genou :
- Le test du tiroir antérieur : ce principe est le même (tirer le tibia vers l’avant), mais le genou est plié à 90° et le médecin s’assoit souvent sur le pied du patient pour le bloquer. Il est moins fiable que le Lachman car les ménisques peuvent bloquer le mouvement en cas de lésion.
- Le Pivot Shift (ou ressaut rotatoire) : c’est un test dynamique plus complexe. Le médecin combine une rotation interne du pied et une force vers l’intérieur (valgus) tout en pliant le genou. En cas de rupture, on sent comme un craquement ou un déplacement brutal de l’articulation. C’est un signe très spécifique d’une instabilité rotatoire, souvent corrélé à une gêne fonctionnelle importante dans le sport.
En conclusion, si vous avez un doute suite à une blessure, ne restez pas avec votre douleur. Un examen clinique simple comme le test de Lachman peut rapidement vous orienter vers la bonne prise en charge.




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